Institut des Territoires

Au service du développement des territoires

La spécificité territoriale dans la chaine de valeur des organisations

On serait en droit de s’en étonner  et, pourtant, la grande dématérialisation du monde et la « société du télétravail » qui aurait du logiquement émerger de l’océan des nouvelles technologies restent encore largement du ressort de la fiction. Même s’ils ont désormais la possibilité de communiquer à distance, les hommes continuent d’éprouver le besoin de se voir et se de retrouver pour travailler ensemble.

Résistance des territoires

Cette résistance du réel aux techniques de communication – pourtant de plus en plus performantes – explique qu’en dépit des délocalisations et d’une concurrence généralisée à l’échelon de la planète, des territoires continuent d’être appréciés pour ce qu’ils sont, malgré des handicaps souvent présentés comme rédhibitoires. Le lien entre la création de valeur et le territoire a été fortement ébranlé mais il n’a pas cédé. Pour ne prendre que ce seul exemple, la France qui aurait dû être rayée de la carte des centres de décision au profit de la Grande Bretagne ou de l’Allemagne compte tenu du sa fiscalité et de son droit du travail, a malgré tout tenu bon. Et que dire de ces économies locales ancrées qui tiennent tête à de gigantesques centres urbains hyper-connectés, sinon qu’elles incarnent, elles aussi, une forme de résistance des territoires face à la recherche d’optimisation par le prix 

Dissociations entre conception, production et consommation

Il ne s’agit évidemment pas de nier le choc de la mondialisation auquel ont été soumis des territoires entiers. La distance entre les lieux de travail, de vie et de consommation s’est accrue, de même que, dans la chaine de création de valeur, le lieu de consommation est de moins en moins celui de la conception, celui de la conception de moins en moins celui de la production et celui de l’assemblage. Sans compter que les capitaux qui conditionnent la création de valeur sont eux-mêmes devenus extrêmement mobiles. A l’origine du phénomène, la recherche permanente d’une diminution des coûts de production mais aussi, et ce n’est pas le moins paradoxe, une redéfinition de l’espace, apprécié non plus pour sa valeur ajoutée dans un processus de création donné, mais comme un point d’entrée pour la conquête d’un marché obéissant à des règles spécifiques. Bien sûr ces phénomènes favorisent la concentration des activités, la spécialisation des territoires et l’attractivité des métropoles – encore que la bataille devienne également très dure même à ce niveau.

La mondialisation comme alibi du fatalisme économique

Pour les espaces périurbains et ruraux, notamment, la mutation en cours se révèle plus douloureuse qu’ailleurs, d’autant qu’elle se conjugue en France au déclin simultané de l’Etat tout puissant et d’une industrie idéalisée au fil des années. Mais cette évidence a trop souvent servi d’alibi pour expliquer le déclin des espaces périphériques. Un peu court quand même, sauf à admettre la fatalité du processus et l’impuissance du politique. La vérité c’est que la situation rencontrée par chaque territoire en difficulté  résulte souvent de mauvaises décisions et d’un déficit de stratégie. Tant qu’il était possible d’incriminer la mondialisation et la dureté du contexte économique, de se retourner vers Paris ou vers Bruxelles pour demander de l’aide, il ne venait à l’esprit de personne – ou presque – qu’une politique de développement puisse être autre chose qu’une chasse aux subventions et aux nouvelles lignes TGV. Mais les temps changent.

De l’importance de stratégies territoriales

Evidemment, la politique consistera toujours à trouver un équilibre par définition fragile et sujet à débat entre la préparation de l’avenir et la réponse à des attentes immédiates. Mais il semble à peu près certain que les élus auront de plus en plus intérêt à prouver leur capacité à faire de leur territoire une source de richesse, autant pour maintenir la pression fiscale à un niveau acceptable que pour assurer les conditions du vivre ensemble. Encore faut-il ne pas se tromper de chemin pour y parvenir. Le concept de marketing territorial a fortement contribué à poser le débat en identifiant les principaux atouts qu’un territoire peut valoriser auprès d’acteurs économiques : la localisation, la desserte, la spécialisation économique, la qualité de vie…

Vacuité du marketing territorial

Une fois l’engouement retombé, on réalise que la démarche du marketing territorial repose sur un postulat : l’attractivité est déjà réelle. Si elle n’a pas la force attendue c’est tout simplement qu’elle est trop souvent ignorée ou sous-estimée. Il suffit donc de la faire connaitre pour résoudre le problème. Emprunt de méthode Coué et matinée de pensée positive, le postulat est pourtant contestable. Et comme il suppose de croire pour être un peu plus convaincu, il se traduit inévitablement par des slogans sans relief et des campagnes sans efficacité. Quel territoire n’a pas revendiqué une qualité de vie exceptionnelle, une position centrale en Europe, une culture combinant tradition et modernité ou un ancrage dans l’histoire donnant une capacité à imaginer l’avenir ? Vacuité et inefficacité du marketing territorial que des slides couverts de graphes et de flèches causales en tous sens ne parviennent plus à cacher.

La spécificité territoriale dans la chaine de valeur

Il est donc urgent de passer à quelque chose de plus sérieux en répondant à la seule question qui vaille : en quoi la spécificité d’un territoire peut-elle être un atout dans la chaîne de valeur d’une entreprise ? Quelle que soit l’échelle retenue, la diminution inéluctable des moyens financiers des territoires les contraint à faire de véritables choix, c’est à dire à soutenir prioritairement des investissements à caractère productif. Même s’il s’agit d’éviter l’écueil bien français qui consiste trop souvent pour le politique à saupoudrer les budgets pour ne mécontenter personne et à vouloir prendre l’ascendant sur le secteur privé dans une tradition éminemment colbertiste, la puissance publique va devoir concrètement faire la preuve de sa capacité à mobiliser l’ensemble des acteurs institutionnels et privés pour créer de la Valeur Ajoutée Territoriale.

Franck Gintrand